Sortant de la foule, trois personnes s’approchèrent d’eux. L’une d’entre elle était la reine Varline, mère d’Arteas régnant sur Vilsira. Sa longue robe était verte sombre et complétée
par quelques touches marrons, et elle portait sur sa longue chevelure brune une couronne toute simple, en bois et en émeraude. Derrière elle, à un pas de la reine, se trouvait deux hommes :
à sa droite, un puissant guerrier, portant armure et épée, au visage couturé de cicatrices, mais semblant très amical et souriant. De l’autre côté se trouvait un homme plus vieux, aux cheveux
grisonnants, vêtue d’une tunique d’érudit, avec un grand livre dans les mains, sûrement un livre sacré de Vilsira... Bien sur, tout ceci ne semblait pas tellement inconnu à Silenia. Peut-être
parce qu’elle-même avait du vivre ce genre de moment. Devenir légitime n’était jamais facile. Elle savait du premier coup d’œil qu’elle était face au maître d’arme et au professeur d’Arteas.
Chaque prince ou princesse se devait d’être entrainé comme il fallait pour devenir un bon souverain, sur qui le peuple pourrait compter. Il fallait les éduquer convenablement pour devenir
respectable aux yeux des divinités. Et il n’y avait eu aucunes exceptions depuis. Silenia attendit la suite des évènements en se demandant exactement ce qui allait suivre.
-Te revoilà, Arteas, prince de Vilsira.
C’était le maître d’arme qui avait prit la parole. Ils suivaient une coutume vieille comme le pays. Cela consistait à un
échange de paroles rituelles avant d’aborder le vrai sujet et de finir avec la fameuse quête réalisée. Tout était réglé au moindre millimètre prêt.
-Oui, je suis revenu, Relt, mon maître d’arme.
-Bienvenue à toi, enfant de la forêt des dieux.
Cette fois-ci, c’était l’érudit qui venait de parler. Silenia restait en retrait, observant. Elle n’avait que rarement vue
ces scènes rituelles, pour la bonne raison qu’elle n’avait jamais vécue au palais avec ses parents, mais dans une maison d’un petit village près de la frontière. Même si elle-même avait du
participer à une cérémonie rituelle, elles n’étaient pas identiques entre chaque nation. C’était sa mère qui l’avait écartée du monde argenté de Clesaria. Et maintenant qu’elle y pensait,
peut-être avait-elle eu vent de l’attaque qui détruisit son royaume, et avait voulue la sauver… Mais à présent, elle écoutait avec attention.
-Notre dieu m’a guidé de nouveau chez moi, Galen, mon professeur.
-Que le dieu de la forêt nous guide tous, mon fils. Ta quête fut-elle une réussite ?
-Notre dieu arbre m’a donné le fruit de sa grandeur.
Sortant alors un sachet de son sac, Arteas l’ouvrit, et une magnifique graine blanche en forme de goute d’eau apparue aux
yeux de tous. Elle semblait briller d’une lueur interne, trace du pouvoir du dieu Vilsira, lui-même qui donna son nom à ce royaume et à la famille qui le gouverne. Il l’éleva dans ses mains, pour
que tous puissent voir sa réussite. Alors, chacun mit un genou à terre en signe d’allégeance envers leur prince… Relt, Galen, et même la reine Varline firent de même. Silenia resta, quand à elle,
debout. Elle n’était pas de ce peuple, elle avait le droit d’être ainsi. Et elle-même était future reine, même si ce pays sur lequel elle aurait du régner n’était plus que cendre. Soudainement le
peuple se souleva de nouveau pour acclamer leur prince. Le dieu avait donné sa bénédiction à leur futur souverain. La reine approcha alors de son fils, posant une main sur
l’épaule de celui-ci. Elle murmura quelques mots, un sourire aux lèvres, que seul Arteas avait pu entendre. Il lui répondit d’un sourire, semblant heureux. Puis il reprit son sérieux et se tourna
vers Silenia.
-Je sais que le moment n’est pas forcément propice, mais nous avons ici une personne qui à besoin de notre soutien,
mère.
-Princesse Silenia, je ne pensais pas vous revoir avant votre propre couronnement…
-Reine Varline.
Elle se fendit d’une révérence, face à un prince légèrement hébété. Elle aussi alors, faisait partie d’une famille royale.
Princesse… Alors c’était elle la princesse de Rayedia, le royaume de l’eau ! C’est vrai qu’elle avait eu quelque chose de sa mère, quelque chose de royal. Il comprenait. Elle avait dit avoir
besoin d’aide. Pourquoi ? Quelque chose était arrivée dans son royaume ?
-Je suis désolée d’arriver alors qu’une fête semble se préparer… Mais j’ai des choses importantes à vous dire. Avant toute
chose, je souhaiterais vous demander l’asile.
-Mais bien sur, princesse ! Comment pourrais-je vous le refuser ? Mais cela me semble plutôt étrange de votre
part. Est-ce donc si grave ?
-Bien plus que vous ne pouvez l’imaginer, Votre Majesté.
Le cortège s’ébranla alors vers le palais, la reine en tête. Arteas se trouvait un peu à l’arrière, avec Silenia. Une
princesse. Il ne l’avait jamais rencontré par le passé. Sa mère l’avait vue quand Silenia n’était qu’une toute petite fille, puis elle avait disparue de la cour de Rayedia. C’était étonnant
d’ailleurs que Varline l’ai reconnue si vite…
-Alors… T… Vous êtes la princesse de Rayedia… Pourquoi ne pas m’avoir prévenu ?
Ce « vous » venait de mettre cette barrière de classe sociale entre eux. Ils étaient tous deux princes et
princesses, mais c’était ainsi. Le protocole. Le tutoiement ne serait pas accepté tant qu’ils ne seraient pas intimes… Et bien que le terme « intime » comporte, évidemment, l’amitié et
les relations amoureuses, cela pouvait ne jamais arriver.
-Pour la même raison qui fait que je suis ici et non dans mon royaume…
-J’aimerais bien savoir comment ma mère à réussie à vous reconnaitre, surtout après tout ce temps où personne ne vous as
vue.
-Votre professeur devrait avoir honte de vous, dit-elle dans un sourire. Ne vous a-t-il jamais raconté
quoi que ce soit sur mon peuple ?
Alors qu’Arteas semblait gêné par la remarque, il se souvint soudainement du cours de politique que Galen lui avait donné
quelques années auparavant. Il se souvenait de la description de chaque peuple, de ses us et coutumes. Et aussi de leurs caractéristiques.
-…Vos yeux. Chaque être de votre peuple à des yeux différent. Aucun n’en a de semblables… C’est pour cela qu’elle vous a
reconnue.
-Exactement. L’irisement bleu unique dans mes yeux. Personne d’autres n’a les mêmes yeux que moi.
C’était vrai. Et cet irisement avait choqué Arteas la première fois qu’il les avait vus. Un tel regard… Il se souviendrait
surement à jamais de ce regard, de ces yeux, et saurait toujours reconnaître la jeune femme parmi ses semblables. Mais avant qu’il ne puisse continuer cette discussion, ils venaient d’arriver
devant les marches du palais. Des marches d’un blanc immaculé, qui menaient à une bâtisse claire et magnifiques. Des nombreuses gravures d’arbres, de feuilles et d’animaux sauvages décoraient les
murs, et un arbre magnifique trônait au milieu de la cour qui se trouvait devant l’entrée. Un chêne. L’arbre de Vilsira. Il semblait flétrir pourtant. Connaissant assez bien les coutumes de
Vilsira, Silenia savait que l’arbre allait mourir pour être remplacé par la graine qu’Arteas avait ramenée. C’était ainsi que le roi était désigné dans ce royaume. La reine Varline se tourna
alors vers eux, et fit signes aux soldats qui les accompagnaient de les laisser. Puis elle grimpa avec grâce les marches menant au palais, suivit par le groupe, et se dirigea vers la sale du
trône. S’installant sur celui-ci, elle fut encadrée alors par Relt et Galen. Arteas s’installa alors sur un des coussins qui servaient de sièges sur le côté. La cour entière était bien entendue
présente dans la salle, comme il est de coutume dans la royauté. Silenia se trouvait seule face à la reine. Aussi, entra-t-elle dans le vif du sujet avant qu’ils n’aient le temps de poser des
questions qui lui feraient perdre du temps.
-Votre Majesté… Membres de la cour… Rayedia n’existe plus.
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